Un arbre est si précieux !
Prière
Ecoute, bûcheron, arrête un
peu le bras;
Ce ne sont pas des bois que tu jettes à bas;
Ne vois-tu pas le sang lequel dégoutte à force
Des nymphes qui vivaient dessous la dure
écorce ?
Sacrilège meurtrier, si on pend un voleur
Pour piller un
butin de bien peu de valeur,
Combien de feux, de fers, de morts et de détresses
Mérites-tu, méchant, pour tuer nos déesses ?
Forêt, haute maison
des oiseaux bocagers !
Plus le cerf solitaire et les chevreuils légers
Ne paîtront sous ton ombre, et ta verte
crinière
Plus du soleil d'été
ne rompra la lumière.
Plus
l'amoureux pasteur sur un tronc adossé,
Enflant
son flageolet à quatre trous
percé,
Son mâtin à ses pieds, à son
flanc la
houlette,
Ne dira
plus l'ardeur de sa belle
Janette
Tout deviendra muet, Echo sera sans voix ;
Tu deviendras campagne,
et en lieu de tes bois
Dont l'ombrage incertain lentement se remue,
Tu
sentiras le soc, le coutre et la charrue
;
Tu perdras le silence, et haletants
d'effroi
Ni satyres ni
Pans ne viendront plus chez toi.
Pierre
de Ronsard
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